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Une Arménie «sûre»? Qui sont les réfugiés de nos jours?

C’est l’opinion de l’auteur.
Si quelqu’un n’est pas d’accord avec lui, nous sommes prêts à publier son avis.
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Je suis Loucine Vayachyan, réfugiée de l’Arménie «sûre».
Voici des histoires réelles de réfugiés arméniens, présentése auprès de l’OFPRA qui examine la demande d’asile de ces personnes. Je garderai bien sûr leur anonymat.
En Arménie, ces personnes ont des proches qui risquent d’être poursuivis et écrasés par les autorités oligarchiques, corrompues et criminelles d’Arménie.
Tout d’abord, un petit rappel :
Robert Kocharyan est un komsomol arménien,  élève d’une école du Parti, exfiltré du KGB. Il est arrivé à l’autorité présidentielle après l’assassinat de Karen Demirchyan et de Vazgen Sargsyan lors du coup de force et du mitraillage au parlement le 27 octobre 1998, après la falsification des élections de 1995 et la destitution de Levon Ter Petrosyan. Il a «offert» les ressources économiques et financières de l’Arménie à quelques individus au passé criminel, c’est à dire à des individus qui seront sous leur direction très facilement et qui constituent, actuellement, le système oligarchique de l’Arménie.
L’un des supports de ce système oligarchique est Samvel Aleksanyan, «Lfik Samo», comme les gens l’appellent. Actuellement Samvel Aleksanyan est l’une des plus riches personnes d’Arménie. Pour les petites entreprises, la concurrence avec lui est impossible, à cause de l’absence de règles de concurrence sur le marché, puisque ce qui règne, c’est le monopole oligarchique, qui s’empare de toutes les entreprises concurrentes.
C’est l’histoire d’un homme arménien (nous l’appellerons Armen) qui a vécu en Arménie. Il ne comprenait rien à la politique et était employé de Samvel Aleksanyan, pour qui il travaillait pour gagner sa vie.
Il m’a raconté cette histoire en 2012 à Erevan, après les élections parlementaires. En ce temps-là, j’étais obligée de demander l’asile en France et était en train de quitter l’Arménie le plus vite possible. Le jeune homme vivait en Arménie et cette publication aurait pu le mettre en danger ; pour cette raison,  elle n’a pas été publiée. Actuellement ce jeune homme est demandeur d’asile en France.

«Je me suis embringué dans une sale histoire, mon coeur explose, ma conscience me tourmente, je veux tout raconter pour que tout le monde le sache. J’ai acheté des voix pour «Lfik». Donc, commençons par le fait que j’étais l’un des employés de «Lfik», j’étais responsable des expéditions. Mon salaire me suffisait pour vivre et je ne pensais pas que je serais obligé d’acheter des voix pour lui.
C’est la vie dure qui m’a forcé. Mon père était gravement malade, la paroi postérieure de son coeur s’était amincie, il y avait des signes de crise cardiaque. Nous l’avons amené à l’hôpital cardiaque de Nork Marash ; il fallait l’opérer, une opération qui coûte 1.8 mln dram (à peu près de 4000 euros).
A ce moment là, nous avons su quelque part qu’ à l’occasion des élections, dans le centre médical «Malatia – Sebastia», qui appartient à Lfik, on faisait des opérations caritatives. Mais les opérations se font seulement après les élections et à condition de faire quelque chose, comme recueillir des votes, convaincre des gens de voter pour lui, apporter les photocopies des passeports de ces gens (42 personnes), ainsi de suite.
Au début je voulais emprunter de l’argent à mon chef, pour l’opération de mon père. Mais, en fait, les rumeurs se sont confirmées et il m’a dit qu’il ne fallait pas de l’argent, que si j’achetais des votes pour lui, l’opération serait faite à «Malatia». Pour moi, ce fut très difficile d’accepter cette proposition, car je voulais vivre avec une conscience tranquille, mais je l’ai fait, pour sauver mon père.
Donc c’était comme ça :
Nous partions par exemple au syndicat «Arsen» du quartier B2 pour prendre la liste des habitants de ce syndicat. Le chef du syndicat était sans doute membre du Parti républicain. Puis nous allions voir chaque appartement pour acheter les voix des personnes en faisant de l’agitation et en leur proposant de 5000 à 10 000 dram, ou bien nous proposions les aliments, produits ou importés par ‘Lfik’ afin d’obtenir les photocopies de leurs passeports. Ceux qui vivaient dans cet appartement, étaient enregistrés là-bas et étaient des électeurs, ils devaient photographier leur choix sur le bulletin électoral et dans ce cas là seulement, ils recevraient de l’argent ou bien des aliments.
Nous étions sûrs qu’ils ne risqueraient pas de mentir, puisque «Lfik» est une personnalité très puissante, on le traite avec crainte, comme un Roi ou un dieu vivant.
Quand nous en avons terminé avec tous ces bâtiments, nous avons découvert que 35% des habitants de ce quartier ne vivaient pas en Arménie. Nous avons quand même présenté les noms des absents à l’office. Ils imprimaient des passeports utilisant les noms des personnes absentes pour ensuite faire du «caroussel».
Je vais expliquer ce que signifie ce «caroussel»:
On rassemblait tous les «témoins de Lfik» de 8 quartiers de la commune Malatia-Sebastia, ainsi que tous ses employés sur le terrain de football de Malatia-Sebastia (ce terrain, aussi, a été construit par Lfik), et on les envoyait par les lignes de bus N°70 et 78, que possède aussi Lfik, vers différents bureaux de vote, avec pour consigne de voter avec le passeport de personnes absentes ou décédées. Comme les bureaux de vote sont généralement dans des écoles dont les directeurs sont, eux aussi du parti républicain auquel appartient Lfik,  ils ne faisaient pas attention à ce que nous faisions. Même les personnes de confiance et les observateurs ne pouvaient rien voir, puisque les électeurs sont avec leurs passeports avec leurs photos. Presque 14 mille « âmes mortes » ont ainsi voté par «caroussel».
Les bureaux de vote devenaient de vraies rôtisseries, les masses affamées dévoraient leur pâtée et l’eau-de-vie. Personne ne faisait rien, ni les observateurs, ni les personnes de confiance. Et si l’un d’eux décidait de s’opposer, les défenseurs de Lfik menaçaient de lui faire du mal après les élections. Tout était bien organisé puisque Lfik et Dodi Gago (un autre magnat) sont aussi très proches  et donc les personnes de confiance de Dodi Gago étaient de leur côté. On peut dire qu’ils sétaient partagé les bureaux de vote.
Je veux ajouter encore que pour montrer au peuple qu’il a été élu non pour ses pot-de-vin électoraux, mais pour sa bienfaisance, il nous obligeait à construire rapidement des éclairages dans les cours, des pavillons, des bancs, des terrains de jeux, des balles et des jouets pour les enfants, etc.
En gros, on m’a trompé. Au lieu de l’opération de mon père on m’a donné une carte de réduction de 15% à la pharmacie «Natali Farm», mais mon père n’avait pas besoin de médicaments, il fallait l’opérer le plus vite possible!
Un mois a passé. Je n’ai pas pu aider mon père, il est encore gravement malade. Et moi, je me suis embringué dans de sales histoires, et je ne sais plus comment continuer à vivre avec un tel poids sur mes épaules. Une telle lâcheté était vraiment hors de mon imagination. Ils m’ont trompé non seulement moi, mais aussi plusieurs personnes.
A une autre personne qui avait fait beaucoup de choses pour lui, il a promis une voiture du modèle »Niva» de 7000 dollars, mais il n’a rien donné. Il a aussi promis à mon ami, avec qui nous avons fait tout le travail, de l’aider à acheter un terrain mais c’était encore un mensonge. Donc, une histoire bien désagréable. Je travaille chez lui depuis déjà 5 ans, maintenant je veux démissionner, puisque  j’en ai lourd sur le coeur de toute cette histoire ».

Depuis, Armen a démissionné et a créé sa propre entreprise avec son ami. Ils livraient des marchandises alimentaires dans la sphère appartenant à Samvel Aleksanyan, mais dont le réseau de distribution n’était pas totalement contrôlé par lui, notamment dans les petites épiceries à la campagne.  Après l’avoir appris, les hommes d’Aleksanyan se sont emparés de leur entreprise en les menaçant. Donc le jeune homme est devenu réfugié pour sauver sa femme et ses enfants.
Tout au long de la demande d’asile, sa famille est privée de toute aide sociale, puisque l’Arménie est considérée comme un pays «sûr»,  puisque ce sont les autorités qui le présentent comme ça. Et pourquoi ?
— parce que le réfugié arménien ment dès le début, parce que les droits de l’homme sont protégés en Arménie, comme si c’était la démocratie, qu’ on guérissait le cancer, qu’ il n’y a pas d’homophobie, de violence familiale et sexuelle et que même s’il y en avait, nous avions une justice convenable.
Comme si chaque personne est protégée par le pays. Tandis que les autorités oligarchiques d’Arménie font tout leur possible pour que chaque individu en Arménie devienne servile, dépendant et facilement maniable. Les autres, ils les marginalisent ou les obligent à devenir réfugiés.
L’Europe dit à son tour : «Vous mentez, vous êtes en sécurité»
Et ainsi, les arméniens se trouvent plus maltraités, et même discriminés, en comparaison de ressortissants de Russie, d’Azerbaïjan, ou autres, considérés comme non sûrs, sur le plan des droits de l’Homme.
P.S. Récemment le père d’Arman est mort, sans avoir reçu les soins médicaux nécessaires. Mes condoléances les plus sincères. Personne ne peut dire qu’il est protégé d’ histoires pareilles.

Loucine Vayachyan

Une Arménie «sûre»? Qui sont les réfugiés de nos jours? (Armenian)

Հեղինակը՝ Լուսինե Վայաչյան

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